La vidéosurveillance : dans quels buts ?


La Ligue des droits de l’Homme refuse ce qu’implique la banalisation de la vidéosurveillance rebaptisée de façon trompeuse vidéoprotection
D’autant que sa mise en place est rarement accompagnée d’un large débat sur le bien-fondé de son utilisation.
Une participation citoyenne au niveau local serait alors la bienvenue dans ces prises de position et de décision: cela s'appelle Démocratie participative.
Encore faut-il vouloir la faire participer et s'en donner les moyens.
Les arguments avancés pour défendre la vidéosurveillance de la population posent plus de problèmes qu’ils n’apportent de solutions .videosurveillance-1

De faux arguments

La vidéosurveillance est le moyen d’identifier après coup des personnes délinquantes. Or dans pareilles situations, les délits sont déjà commis, les caméras ne les ont pas empêchés.
De plus, de nuit, si les caméras installées ne sont pas équipées de visions nocturnes infrarouge (bien plus chères): elles sont complètement inefficaces !
La vidéosurveillance n’est pas à craindre quand on n’a rien à se reprocher. Mais, la vidéosurveillance fait de tous les citoyens des suspects potentiels.
Il s’agit, d’une inversion du droit, lequel considère chaque personne comme innocente jusqu’à ce qu’elle franchisse les limites de la loi, après quoi – et pour cela – elle pourra être sanctionnée.
De plus, la vidéosurveillance coûte cher et elle est inefficace pour faire respecter la  sécurité : la délinquance s’adapte et se déplace. Par conséquent, la logique de la vidéosurveillance implique de mettre de plus en plus de caméras.
Il est vrai que l'État distribue aux collectivités locales des subventions qui peuvent aller de 70% à 80%, mais une subvention c'est de l'argent public. . . et l'argent public est lui généré à 100% par nos impôts.
Mais peut-on imaginer une société totalement vidéosurveillée ? 
Quelles en seraient les conséquences pour les libertés ?
Aucune étude sérieuse n'a été réalisée en France sur son efficacité, cependant le responsable du Bureau des images, identification et détections visuelles de la police métropolitaine de Londres (1 camera pour 14 habitants) qualifie la vidéosurveillance au Royaume Uni de  véritable fiasco au point que le Royaume-Uni après 20 années d'expansion l'abandonne.
La Cour des comptes indique dans son rapport sur l’organisation et la gestion des forces de sécurité publique (Chapitre VI : Le développement de la vidéosurveillance page 125 à 152) que la proportion des faits de délinquance élucidés grâce à la vidéosurveillance de la voie publique (avec du personnel devant les écrans) est relativement faible et l’estime à 3%.

Pour rentabiliser leur investissement de plus en plus de communes transforme leurs dispositifs de vidéosurveillance installés dans l’espace public en  vidéo-verbalisation, et cela permet de sanctionner à distance une infraction au code de la route. Depuis la première expérimentation en 2008, plus d’une centaine de municipalités ont eu recourt à ce mode de verbalisation qui ne nécessite pas l’interception du conducteur.

Un risque pour la liberté et la démocratie

Être surveillé amène les personnes, même bien intentionnées, à  normaliser  leurs comportements, à s’autocensurer. Et c’est là une première atteinte sournoise à la liberté d’aller et venir et au libre arbitre. L’enregistrement et la diffusion d’images d’une personne sans son consentement, même avec le cadre de la réglementation, reste une atteinte à la vie privée et menace les libertés individuelles. Comment s’assurer de l’utilisation qui pourrait en être faite à  l’avenir ? Bien sûr, nous sommes en démocratie, mais sur la place Tian’anmen, en Chine, les caméras ont permis d’identifier les opposants au régime lors de manifestations. C'était en 1989...
Quarante ans après, la technologie de celles-ci a beaucoup évolué et la répression des manifestations de Shangai depuis 2012 n'a pas faibli.
L’opposition citoyenne et les mouvements sociaux font partie de l’activité démocratique. Une majorité municipale peut toujours évoluer.
Raison pour laquelle, il faut s’opposer par principe à la vidéosurveillance.videosurveillance-2

Une suspicion à l’encontre du lien social

La vidéosurveillance détruit le lien social. On ne peut répondre au  sentiment d’insécurité  des citoyens par un artifice technique. Là où on attend au contraire des solutions basées sur le contact humain : renforcer la présence d’enseignants, d’aide-éducateurs, de travailleurs sociaux, d’animateurs, de médiateurs, de concierges, de correspondants de quartiers, de policiers de proximité et développer des espaces de rencontres et d’échanges pour rendre les gens acteurs de leurs espaces de vie collective.
La vidéosurveillance déresponsabilise les citoyens qui auront tendance, en cas d’incident, à ne pas réagir, à détourner le regard et enfin à se décharger sur l’agent imaginé derrière la caméra. La vidéosurveillance menace la solidarité et renforce l’individualisme.
Les moyens techniques ne peuvent garantir une protection absolue contre tous les risques de la vie. Cette illusion conduit à accepter d’inacceptables restrictions aux libertés et aux atteintes à la vie privée sur lesquelles il sera ensuite impossible de revenir, le tout en affaiblissant au passage des valeurs sociales et démocratiques de notre société. Au final, la vidéosurveillance est une sorte de renoncement. Pour la Ligue des Droits de l'Homme, mieux vaut s’attaquer aux causes des problèmes plutôt que d’en sanctionner les seuls effets.

Protège-t-elle du terrorisme ?

Aucune étude ne permet de l’affirmer.
Nice, une des villes les plus vidéosurveillées de France, a ainsi subi une attaque au camion bélier le 14 juillet 2016 qui a fait 86 morts et 458 blessés.
Quelques jours avant, le terroriste était passé plusieurs fois sur la Promenade des Anglais au volant de son poids lourd, pour reconnaître les lieux. Alors que ceux-ci étaient  interdits aux camions et vidéosurveillés en permanence avec du personnel devant les écrans.
C'est ainsi qu'après ce massacre, l’itinéraire du criminel avant le drame, a été retracé grâce aux caméras.

Un an et demi plus tôt, son maire, Christian Estrosi, avait pourtant déclaré, à propos des tueries de Charlie Hebdo et de l’Hyper Cacher : " Si Paris avait été équipée du même réseau (de caméras) que le nôtre, les frères Kouachi n’auraient pas passé trois carrefours sans être neutralisés et interpellés."

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A voir

Vidéo Cash Investigation " Le business de la peur"

Si vous ne voulez pas tout voir, déplacez le curseur vers 1H23' pour entendre le patron d'Ineo (GDF-SUEZ) nous dire que la vidéosurveillance sans présence humaine, ça ne sert à rien. Et à la suite (vers 1H28'30'') regarder pourquoi la vidéosurveillance est installée dans certains villages.

Sources : CNIL, Ligue des Droits de l'Homme, Le Monde, Le Canard Enchaîné, France 2